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Un nouveau buste à la Chambre : celui d'Elio Di Rupo

J'ai eu l'honneur de dévoiler, le 22 avril dernier, le dernier buste installé à la Chambre, celui de l’ancien premier ministre Elio Di Rupo, dont la carrière fut en tout point exceptionnelle.

Œuvre du sculpteur français Gérard Lartigue, le buste de l’homme politique au nœud papillon est venu rejoindre ceux de Herman Van Rompuy et de Yves Leterme au bâtiment Forum.

C’est Charles Rogier qui décida, en 1850, de faire sculpter un buste de tous les anciens premiers ministres (appelés alors « chefs de cabinet »). Quasiment tous les premiers ministres ont ainsi leur buste à la Chambre, la plupart dans les couloirs entourant la salle plénière.

A cette occasion, j'ai eu l'honneur de pouvoir prononcer quelques mots, que vous pouvez lire ci-dessous.

" Depuis l’indépendance de la Belgique, les anciens Premiers ministres sont immortalisés par un buste et viennent ainsi compléter la collection des bustes de la Chambre des représentants.

Cher collègue Elio Di Rupo,

La Chambre a le plaisir de vous offrir ce buste en raison de vos mérites en qualité de Premier ministre au cours de la période de 2011 à 2014. Et, à titre personnel, évidemment, l’honneur et le plaisir en sont redoublés…

Vous êtes, cher Elio, ce qu’on peut appeler une personnalité multiple. Homme de science, homme de culture, homme de réflexion, homme politique, homme d’action, habité d’un dynamisme inépuisable, votre existence semble faite de plusieurs vies.

Vous êtes né à Morlanwelz en 1951, la première année du règne du Roi Baudouin, dans un lieu qui rappelait la guerre. En effet, ce qui avait été un ancien camp de prisonniers allemands fait de baraquements en bois abrita, au lendemain du conflit, les ouvriers mineurs venus de l’étranger pour relancer l’industrie minière du Borinage. Ce lieu fut surnommé "Cantine des Italiens".

Votre enfance n’a pas été un long fleuve tranquille. Rien ne vous prédestinait à atteindre les sommets de l’État. Cadet d’une famille de sept enfants, originaire des Abruzzes, vous avez un an à peine lorsque votre père décède tragiquement. Dès ce jour, votre mère devra s’occuper seule de ses sept enfants. Toutefois, si votre enfance a été dure, l’amour de votre maman, sa générosité et son intelligence permettront de faire face au destin. Elle ne parlait pas le français, ne savait ni le lire ni l’écrire, mais avait une immense volonté de vivre.

À l’image de votre adolescence, votre scolarité est parfois difficile. Mais vous l’affrontez avec brio et décrochez à l’Université de Mons un diplôme de docteur en sciences. C’est dans cette enfance difficile marquée par la pauvreté et les inégalités sociales que vos combats politiques trouvent leur origine.

En 1983, vous débutez, au niveau local, comme conseiller communal puis échevin de la ville de Mons dont vous exercerez ensuite à plusieurs reprises le maïorat.

Vous entrez à la Chambre des représentants en décembre 1987, à l’époque où les socialistes reviennent au pouvoir. Comme pour des noces avec la Nation souveraine, c’est en smoking que vous prêtez serment dans l’hémicycle. Dès ce moment, vos collègues pourront constater que chez vous, le nœud papillon est autant de rigueur que pour d’autres la cravate ou, de nos jours, le plus souvent, l’absence de cravate. Cet accessoire vestimentaire est d’ailleurs devenu en quelque sorte votre pictogramme : sa seule représentation évoque votre personne. "Avec mon nœud papillon, on a peut-être ’impression que je suis un prince issu d’une famille noble italienne", avez-vous lancé un jour.

Vous êtes élu ensuite député européen en 1989, puis sénateur en 1992 à une période charnière de l’histoire mondiale. La guerre froide s’achève et beaucoup de certitudes s’écroulent avec la disparition du rideau de fer et de l’URSS.

Dans ce contexte bouleversé, vos hautes fonctions se succèdent. Vous devenez ministre de l’Éducation et de l’Audiovisuel de la Communauté française avant d’entrer, en 1994, dans le gouvernement Dehaene, en qualité de vice-premier ministre, ministre des Communications et des Entreprises publiques, puis des Affaires économiques.

C’est le 9 octobre 1999 que vous accédez pour la première fois à la présidence du PS. Par la suite, vous assumerez à deux reprises la charge de ministre-président de la Région wallonne, de 1999 à 2000 et de 2005 à 2007, charge que vous assumez à nouveau depuis 2019.

Le scrutin fédéral anticipé de juin 2010 est un véritable succès pour votre parti. Abandonnant votre siège au Parlement wallon, vous revenez siéger à la Chambre des représentants durant toute la durée de formation d’un nouveau gouvernement. La Belgique connaît alors sa plus longue crise politique : 541 jours seront nécessaires pour que se dégage un accord sur le volet institutionnel puis sur le volet socio-économique. "Avec Elio Di Rupo, la Belgique veut croire au conte de fées", titre le journal Le Monde.

Après avoir réussi à mettre fin à cette crise, vous rejoignez dans l’imaginaire collectif le Panthéon des grands hommes d’État. Les grands hommes sont toujours les plus exposés aux tempêtes. Appliquée au monde politique, cette vérité signifie que lorsqu’on remporte un succès important on ne se fait pas que des amis. Vous n’avez pas échappé à cette règle impitoyable, mais vous avez traversé les houles pour garder ce cap d’œuvrer pour une société équilibrée et solidaire, pour l’égalité et la défense des droits de chacune et de chacun.

Le 6 décembre 2011, vous devenez Premier ministre du nouveau gouvernement fédéral. Depuis Edmond Leburton en 1974, aucun Wallon et aucun socialiste n’avait occupé le 16 rue de la Loi. Vous réussissez à jeter les bases d’une vaste réforme institutionnelle et à préserver la Belgique des foudres des marchés financiers et des agences de notation. Pour le monde politique belge, cette période ne fut pas de tout repos, mais en a-t-il jamais été autrement depuis ?

Le 25 mai 2014, vous êtes réélu à la Chambre et retrouvez peu après la présidence de votre parti ainsi que votre fonction de bourgmestre de Mons. Depuis 2019, vous exercez les fonctions de ministre-président du gouvernement wallon. Dans le contexte de crise actuel, vous vous employez à renforcer par un ambitieux plan de relance la prospérité de la région wallonne.

Cher collègue Elio Di Rupo,

Vous êtes Belge par votre sens des réalités, et latin par votre sens de l’esthétique. Or réaliser l’alchimie entre l’art et la politique est une vraie gageure.

Vous avez occupé suffisamment de fonctions pour remplir plusieurs vies. Malgré votre agenda très chargé, vous cultivez néanmoins l’art de vivre. Vous appréciez la bonne cuisine et les vins de qualité qui peuvent lui rendre hommage. Votre amour de la culture s’étend à beaucoup de domaines ; le cinéma y occupe une large place.

Vous êtes à la fois un homme politique, un ministre d’État et un homme de terrain qui ne perd jamais de vue celles et ceux qu’il représente et d’où il vient. Fidèle à vos convictions et animé d’une forte sincérité dans l’action, telle est la double exigence que vous vous imposez et qui demeure pour beaucoup d’entre nous l’ultime critère de tout engagement politique.

Travailleur infatigable, précis et méthodique, tel un artisan du progrès, vous savez qu’il faut avancer pas à pas. Vous connaissez à la fois la tactique et la stratégie.

Cher collègue Elio Di Rupo,

Vous continuez toujours à croire dans votre propre étoile et dans votre parcours que vous qualifiez vous-même de "conte de fées". Nous vous souhaitons de tout cœur de poursuivre encore votre combat pour les idéaux de société qui sont les vôtres et d’y puiser beaucoup de bonheur.

Venons-en à présent à l’artiste et à son œuvre.

C’est à Mons, qui l’eut cru, qu’Elio Di Rupo a eu la chance de rencontrer le sculpteur Gérard Lartigue.

L’Université de Mons inaugurait en 2018 le buste de Jacques Franeau, ancien recteur de l’université, mais aussi un grand vulgarisateur de la science, humaniste et progressiste.

Elio Di Rupo, présent en sa qualité de bourgmestre, l’était aussi en tant qu’ancien élève de ce professeur. Il y rencontrait à la fois l’œuvre et l’artiste qu’est Gérard Lartigue. Comme lui, un homme du Sud, comme lui, un homme qui "parle avec les mains". Artiste diplômé des Beaux-Arts, pédagogue, Gérard Lartigue mène d’abord une carrière de peintre. Il fait déjà des portraits.

Puis, autour de 2005, il commence à travailler avec de la matière, en abandonnant petit à petit la peinture, mais jamais le dessin, qu’il considère comme la base de son activité artistique.

En 2013, il s’installe dans une ancienne briqueterie à Muret, près de Toulouse, et y établit son atelier. Il y sculptera plus de 300 portraits. Des portraits d’hommes et de femmes célèbres, comme Simone Veil, l’abbé Pierre, Giacometti ou encore Jean d’Ormesson, mais aussi de simples gens, des personnes âgées, des enfants, des bébés, des chiens …

Elio Di Rupo est venu poser deux fois à Muret. Cela a permis aux deux hommes d’établir une relation plus approfondie et à l’artiste de le capter en tant qu’être humain, avec empathie, acuité et émotion. Voici ce que l’artiste dit de ce buste :

Le modèle est droit, mais pas rigide. Son expression est détendue avec un brin d’amusement, car on apprécie aujourd’hui une politique accessible, dynamique, qui se prête à l’empathie. Les lunettes ne posent aucun obstacle entre le spectateur et l’œuvre : elles sont à peine suggérées. De cette façon, son regard est plus direct. L’idée de la main dans cette posture est de montrer un geste de générosité, dans un mouvement de don de soi-même, tout en essayant de garder une espèce d’exemplarité dans l’honnêteté et l’écoute. 

Au fond, nous cherchons à donner de la politique l’image d’une force exemplaire et de grand engagement. L’autorité doit reprendre sa place, dans une nouvelle relation avec la société, teintée de franchise, de spontanéité et d’une certaine légèreté, tout en gardant le sens de la détermination nécessaire pour prendre de grandes décisions.

Depuis le modèle en terre glaise, en passant par le modèle en cire et finalement l’œuvre en bronze, réalisée à la fonderie des Cyclopes à Mérignac, la commission d’accompagnement de la Chambre, composée de Mmes Lanjri et Jadin, n’a pu que se féliciter de la réussite de chacune des étapes de la réalisation de ce buste. Tout était "juste" du premier coup. Il n’a pas fallu discuter beaucoup, encore moins négocier.

Notre gratitude va dès lors au tandem que forment Gérard Lartigue et sa compagne Juliette Marne. A deux, ils ont parfaitement mené à bien le projet, dans une relation on ne peut plus courtoise et sympathique, malgré la distance et les contraintes imposées par la

crise sanitaire Le dialogue avec Francis Mathys, réalisateur du socle à Herstal, a également été parfait.

Nous allons maintenant dévoiler le buste de M. Di Rupo qui rejoindra ici au Forum, ceux de ses deux prédécesseurs, Herman Van Rompuy et Yves Leterme. "

Eliane TILLIEUX

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