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Interview pour l'exposition "Institutions & the City: The Role of Architecture"

Éliane Tillieux est la première femme présidente de la Chambre des représentants. À partir d’une licence en traduction et un bref parcours dans l’enseignement puis dans
le secteur bancaire, elle s’investit pendant 14 ans dans une société pararégionale. Son arrivée en politique provient d’un constat: on trouve trop peu de femmes dans le monde
politique auxquelles s’identifier et les discriminations homme – femme perdurent. Elle complète alors sa formation par une maîtrise en management public. Elle est élue
Conseillère provinciale de Namur en 2000, puis poursuit son engagement en tant que députée wallonne (élue en 2004, réélue en 2009 et 2014). En 2009, avec le premier score
féminin de son parti (PS), elle est désignée Ministre de l’action sociale, de la santé et de l’égalité des chances. En 2014, elle entame un nouveau mandat ministériel avec pour
compétences l’emploi et la formation. En 2019, elle pose sa candidature au niveau fédéral et arrive à la tête du Parlement.

LA POLITIQUE, C’EST UNE VOCATION ?

Cloisonner les hommes dans un rôle décisionnel et les femmes dans un rôle d’exécutant, c’était vraiment anormal pour moi. Cette dichotomie exaspérante à mon sens, je l’ai dénoncée et cela a forgé chez moi un sentiment très fort qui m’a mené là où je suis. La politique est fondamentale, elle touche au quotidien des personnes. Cela m’a donné l’envie d’examiner de l’intérieur la manière dont tout cela fonctionnait. J’ai eu le plaisir d’être présentée à l’Assemblée des représentants comme potentielle candidate à la présidence de la Chambre et désignée le 13 octobre 2020. Première femme présidente à la suite de 51 hommes. Une victoire que je dédie à toutes celles et ceux qui combattent le système sexiste et stéréotypé de nos sociétés et luttent pour une meilleure égalité et représentativité.

QU’EST-CE QUE LE PARLEMENT FÉDÉRAL ? QUEL EST SON RÔLE?

Le Parlement rassemble les personnes élues qui, par région, représentent les citoyens. Ensemble, ces 150 députés élus participent à la confection de la législation. C’est leur première mission. Pour rappel, en Belgique, le pouvoir de l’État est réparti entre trois pouvoirs, à savoir le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Chaque pouvoir contrôle et limite les autres pouvoirs. Le parlement est constitué de deux chambres, le Sénat et la Chambre des Représentants. Il est en lien très étroit avec la société. Pour ma part, il faut constamment simplifier, actualiser des lois obsolètes pour être une institution viable. Les lois sont là pour être adaptées ! Les deux autres missions sont tout aussi fondamentales : il s’agit de contrôler le gouvernement (pouvoir exécutif) et les répartitions de budget.

LES LOIS DOIVENT ÉVOLUER, LE BÂTIMENT INSTITUTIONNEL AUSSI ?

L’un des objectifs actuels de notre institution est de plus en ouvrir les portes. Le parlement occupe historiquement le Palais de la Nation. Or, aujourd’hui, il y a une barrière, morale ou symbolique, qui fait que peu de belges savent qu’ils peuvent franchir ces portes et venir assister aux séances parlementaires. Quand je l’explique autour de moi, c’est toujours l’étonnement. Les arrêtés royaux sont soumis à vérification lors de séances que l’on appelle «questions et interpellations ». Tous les jeudis après-midi a lieu une séance accessible, ce qui donne une vision très rapide de l’examen des différentes questions d’actualité politique. Avec la pandémie, les choses se sont simplifiées, les séances et même les commissions parlementaires pouvaient être suivies à distance. 

COMMENT A ÉVOLUÉ L’INSTITUTION DANS SON FONCTIONNEMENT INTERNE?

La densification et la spécialisation du travail parlementaire ont eu un impact énorme sur l’espace. Le parlement composé de 150 membres se répartit en une vingtaine de commissions thématiques telles que affaires sociales, comptabilité, santé, infrastructure, etc. Et elles ont tendance à se multiplier ! Chaque commission composée de 17 députés est exigeante en termes d’espaces. Les salles antérieures du Palais de la Nation occupées par le parlement depuis 1830 étaient devenues trop petites, peu adaptées à l’usage et au nombre des personnes qui devaient s’y rassembler. Nous qui avions toujours travaillé en présentiel avons bien été chamboulé par la pandémie. Les évolutions techniques
et numériques se sont accélérées et ces avancées en termes d’équipements technologiques sont à préserver. L’impact des outils, le fait d’être en présentiel ou non, est extrêmement important sur la fonction politique. Le travail législatif demande des consensus pour arriver au vote. Parfois des groupes politiques proches proposent des adaptations divergentes : il faut pouvoir se mettre autour d’une table et en discuter. Par écran interposé, c’est impossible.

QUELLES ÉVOLUTIONS SPATIALES (RÉNOVATION, RÉHABILITATION, DÉMOLITION) L’INSTITUTION QUE VOUS CÔTOYEZ FRÉQUEMMENT A-T-ELLE CONNU?

À la création de l’État belge, la Chambre occupe l’hémicycle existant dès 1831. Très peu de temps après le Sénat qui siège dans la salle de lecture de la Chambre, se fait construire un hémicycle par Tilman-François Suys, le même architecte des aménagements du Palais royal de Bruxelles, pile en face du Palais de la Nation. Je passe quelques étapes mais en 1921 déjà, les cours sont grillagées. Après la Seconde Guerre mondiale, la Chambre récupère l’aile est pour la Présidence alors utilisée depuis 1830 pour les archives nationales, et
en 1961, le Sénat récupère l’aile ouest qui était occupée par le Ministère des Affaires étrangères. L’acquisition et aménagement de la Maison des Parlementaires a lieu vers 1985 afin de fournir des bureaux aux parlementaires et à leurs collaborateurs qui auparavant se contentaient des couloirs, des parloirs et des cabines téléphoniques ! Plusieurs acquisitions de bâtiments augmentent encore les superficies. Et en 2010, l’immeuble Forum est acheté pour l’aménagement de six nouvelles grandes salles de commission. En 2021, nous avons inauguré le tondo, cette passerelle entre la Maison des Parlementaires et le Forum. Auparavant, peu importe le temps, il fallait systématiquement traverser la rue. Le reflet du bâti dans les panneaux miroirs de ce cercle est juste magique. C’est Office KGDVS, bureau d’architecture basé à Bruxelles, qui a remporté l’appel à projet. La passerelle a été conçue comme un élément spatial qui, depuis l’espace public, donne l’impression d’être un anneau posé, pincé entre les deux bâtiments. Cet anneau d’une grande simplicité apparente est symbolique aussi: mariage entre Maison des Parlementaires et salles de travail des commissions, entre administration et hémicycle de la salle plénière, entre ancien et nouveau. Il est plein de sens ! Depuis le tondo, nous sommes témoins de la vie quotidienne, en lien avec la ville et ses habitants, c’est un symbole fort de tout ce que ce lieu veut représenter !

PARLEZ-NOUS D’UN AUTRE SYMBOLE, L’HÉMICYCLE.

Dans l’hémicycle, tout le monde se voit. Grâce à l’arc de cercle, tout le monde échange, contrairement aux habitudes parlementaires à l’anglaise où, face à face, on s’affronte. L’hémicycle correspond mieux à notre système belge : la recherche du consensus nous caractérise. L’architecture institutionnelle – du fédéral, des régions, des communautés et des majorités asymétriques – renforce ce besoin. Privilégier le dialogue et assurer à chacun de pouvoir s’exprimer dans cette enceinte parlementaire, c’est le rôle de la présidente de l’Assemblée. L’hémicycle est composé de bancs où les personnes sont quasiment épaule contre épaule. Cette proximité induit du respect et invite au dialogue!

ET UNE ASSEMBLÉE CITOYENNE, OÙ POURRAIT-ELLE PHYSIQUEMENT AVOIR LIEU?

Les objectifs du parlement sont de le montrer ouvert, accessible, participatif malgré les impératifs de sécurité imposés par les forces de l’ordre. D’assemblées citoyennes ou d’assemblées participatives, on en parle beaucoup. Je pense que l’on ne doit pas nécessairement déplacer les gens vers le parlement mais que le parlement doit s’ouvrir aux gens. Le virtuel propose de nouvelles formes de coopération, c’est une piste. Auparavant, les portes du Palais de la Nation étaient nettement plus ouvertes. On pouvait traverser le parc de Bruxelles, passer sous le péristyle et se rendre rue de la presse. Aujourd’hui ce n’est plus vraiment possible. Voyez ce qui s’est passé au Capitole! Mais il nous faut préserver une
certaine sérénité du débat et continuer à le rendre accessible.

 

Photo avec Cécile Vandernoot, UCLouvain, l'une des coordinatrices de l'exposition.

Plus d'informations sur l'exposition ici.

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