Déclarations de Jacqueline Galant sur la fonction publique : le PS demande, en vain, l’audition des syndicats 2 février 2026
Madame la Ministre,
Comme beaucoup, j’ai eu l’occasion de prendre connaissance de votre conférence à Walhain sur la fonction publique, organisée en compagnie de votre président de parti et largement diffusée sur YouTube.
Dire que j’ai été surprise serait excessif. En revanche, j’ai été fondamentalement choquée par l’absence totale de balises, de respect et de nuances dans vos propos. Cette conférence est un véritable florilège de déclarations ahurissantes et méprisantes, sur une série de sujets pourtant essentiels au fonctionnement démocratique : les médias, la fonction publique, la concertation sociale.
Nous reviendrons certainement avec mes collègues, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur votre long passage consacré à la RTBF. Vos propos outranciers ne sont pas sans rappeler les attaques du président américain à l’encontre des médias, cette même volonté de les discréditer, voire de les contrôler, tout en prétendant se draper dans la défense de la démocratie.
Votre diatribe faussement humoristique visant la présidente du conseil d’administration de la RTBF - membre, que je sache, du parti des Engagés, votre allié de coalition - n’est pas digne d’une posture ministérielle. Pas plus que l’évocation par votre président de parti d’un « triangle des Bermudes » entre l’ULB, la RTBF et le boulevard de l’Empereur (PS).
Mais je voudrais surtout, ici, en Région wallonne, m’arrêter sur votre vision de la fonction publique et des personnes qui s’y investissent au quotidien.
Non, Madame la Ministre, les « bons fonctionnaires », comme vous les appelez, ne vous attendaient pas. Et si certains semblent vous témoigner un soutien, les retours que nous recevons du terrain sont clairs : ce soutien relève bien davantage de la peur, de la pression hiérarchique ou parfois de la courtisanerie, que d’une quelconque adhésion de fond.
La réalité vécue dans les administrations est tout autre. Les agents sont aujourd’hui résignés. Les épisodes récents et vos mensonges - notamment à propos de la fermeture des crèches et des erreurs dans la budgétisation des loyers - ont laissé des traces profondes.
Les fonctionnaires ont le sentiment que leurs alertes, pourtant répétées, argumentées et documentées, ne sont pas prises en compte par le Gouvernement. Cela a cassé la confiance.
Vos réformes, Madame la Ministre, sont perçues non pas comme une modernisation, mais comme un enterrement du service public, une volonté de l’affaiblir pour mieux privatiser ses missions et transformer les citoyens - selon vos propres mots - en clients.
Je vous cite : « Un service public vraiment au service du citoyen et orienté client. Même utiliser le mot client dans l’administration publique, je suis désolée vous payez vos impôts comme citoyen et donc vous avez droit à un service de qualité en tant que client utilisateur de l’administration publique et on voudrait même aller un pas plus loin et donc ça on y travaille. »
Or, ce débat est tranché depuis longtemps dans toute réflexion sérieuse sur le management public : le service public sert des usagers, pas des clients. Le service public est là pour tout le monde, pas uniquement pour celles et ceux qui peuvent payer. Ce n’est pas une relation commerciale mais un bien commun.
Mais là où vous dépassez véritablement les bornes, c’est dans votre manière de parler des organisations syndicales. Sous couvert d’un humour douteux, vous feignez de découvrir que la concertation consiste à écouter les représentants des travailleurs… pour ensuite décider seule, exactement comme vous l’entendez.
Je vous cite encore : « Je vais vous donner un petit secret. Quand j'ai compris qu'au fait la concertation syndicale, on les laissait parler mais qu'il y ait protocole d'accord ou de désaccord, la mesure elle passait quand même.
Et donc dès que j'ai compris ça, je les laisse parler et puis j'avance avec mes réformes. »
Est-ce donc votre conception du dialogue social ? Votre conception du respect des travailleuses et travailleurs que ces organisation représentent ?
Comment pouvez-vous après de telles déclarations vous assoir à la table des négociations avec un tel mépris de vos interlocuteurs ?
J'ai par conséquent demandé d’entendre en urgence l’avis des organisations syndicales à propos de vos déclarations au sein de la Commission de la fonction publique. Il s’agit de donner la voix aux personnes que vous mettez en cause et qui jusqu’ici, n’ont pas eu l’opportunité de réagir publiquement à vos déclarations. Il s'agit d'un droit de réponse sur tout ce qui concerne le fonctionnement de l'administration, l'organisation de la concertation sociale, et les réformes que vous évoquez.
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Ma demande d’entendre l’avis des syndicats a été rejetée par le MR et aussi par les Engagés.
Entendre la réaction des organisations représentatives des travailleurs ne revêt aucun intérêt pour la majorité !
Réponse du MR : "Il n'est pas dans les usages à chaque déclaration de l'un ou de l'autre d'interroger que ce soit les syndicats ou autres organisations."
Réponse des Engagés : "La ministre a des expressions et c'est aussi son droit d'en avoir."
Je ne suis pas surprise. On peut se permettre des déclarations en public sur YouTube mais quand on veut confronter les points de vue en commission, là où doit avoir lieu le débat démocratique, on recule.
Pas d'intérêt d'entendre les représentants de ces 17 000 travailleurs.
Pas d'intérêt d'entendre les représentants de ces 17 000 travailleurs.
La ministre entend mais décide quand même ce qu'elle veut, voilà où nous en sommes aujourd'hui. Je suis effrayée du sort que la Majorité fait à ce débat parlementaire.
???? Retrouve ici l'article de presse à ce sujet.
???? Retrouve ici l'article de presse à ce sujet.
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