Cérémonie de pose d'un Pavé de la Mémoire en hommage à Léopold De Hulster Découvrez mon discours à l'occasion de la Cérémonie

Monsieur le Président de l’Association pour la mémoire de la Shoah,
Madame Swiatlowski,
Monsieur Diagre,
Monsieur De Hulster,
Chers membres du CAL,
Mesdames et Messieurs,
Chers élèves,
Chers amis,
Il y a des lieux qui parlent avant même qu'on ouvre la bouche. Cette prison de Namur est l'un d'eux. Ici, des femmes et des hommes ont été enfermés pour avoir refusé de céder. Pour avoir choisi, dans des circonstances où le silence était la voie la plus sûre, de rester debout.
Léopold De Hulster est l'un d'eux.
Son itinéraire est celui d'un homme profondément ancré dans le monde ouvrier et dans les combats sociaux de son époque : mineur, verrier, journaliste, responsable coopératif, élu local. Derrière ces fonctions, une conviction constante : que l'émancipation passe par l'éducation, par l'accès au savoir, par la solidarité et par la justice sociale.
Quand l'Europe sombre dans la barbarie nazie, il ne cède pas. Il renonce à publier sous la tutelle de l'occupant et poursuit son action dans la clandestinité. Ses écrits circulent dans la presse résistante. Il participe aux réseaux qui œuvrent, dans l'ombre, à maintenir vivantes les idées démocratiques et à affaiblir l'appareil du IIIᵉ Reich.
Il savait ce que cet engagement impliquait.
Il connaissait les dangers.
Mais il estimait sans doute que se taire ou détourner le regard aurait été une autre forme d’abandon.
Arrêté ici même à Namur en juin 1944, il devient à son tour victime de la répression nazie. Son épouse, Jeanne Delsine, résistante elle aussi, sera également arrêtée. Leur histoire nous rappelle que derrière les grands récits historiques, il y a des femmes et des hommes ordinaires qui, dans des circonstances atroces, ont fait le choix du courage.
Le Pavé de la Mémoire que nous scellons aujourd’hui a une portée profondément symbolique. Il est modeste par sa taille, mais immense par ce qu’il rappelle.
Ces pavés empêchent l’oubli de s’installer. Ils rappellent que les atteintes à la démocratie commencent rarement de façon spectaculaire : elles progressent par renoncements successifs, par exclusions banalisées, par des discours qui divisent… Reconnaitre ces mécanismes, c’est déjà se donner les moyens de leur résister.
Cette vigilance reste indispensable aujourd’hui.
Partout en Europe, des mouvements extrémistes retrouvent une audience inquiétante. Des idées que l’on croyait durablement discréditées réapparaissent dans le débat public. Le schéma est connu : la désignation de boucs émissaires, le rejet de l’autre, la remise en cause des contre-pouvoirs, la méfiance organisée envers la presse, la culture ou la justice.
En rendant hommage à Léopold De Hulster aujourd’hui, nous ne regardons pas uniquement vers le passé. Nous affirmons aussi ce que nous entendons préserver, sans compromis : une société attachée aux libertés fondamentales, au pluralisme, à l’égalité et à la dignité humaine.
Je voudrais également saluer la présence des élèves. Votre participation est essentielle. La transmission de cette mémoire ne peut vivre que si les jeunes générations s’en emparent à leur tour, non comme un récit figé, mais comme un héritage vivant et une responsabilité collective.
Le poète résistant Paul Éluard l'a écrit avec une économie de mots qui dit tout : « Si l'écho de leur voix faiblit, nous périrons. »
Je remercie chaleureusement le Centre d’Action Laïque de la province de Namur, l’Association pour la Mémoire de la Shoah, ainsi que toutes les personnes qui ont rendu cette cérémonie possible.
J'adresse enfin une pensée à la famille de Léopold De Hulster. À travers ce pavé, nous gravons dans la mémoire collective le nom d'un homme qui a refusé la résignation et placé ses convictions au-dessus de sa propre sécurité.
Puissions-nous rester dignes de cet héritage.
Je vous remercie.
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