Budget 2026 de la Ville de Namur Intervention du 16 décembre 2025
Le budget 2026 présenté aujourd’hui est difficile, il est le résultat d’une dégradation des finances locales au gré des crises et, surtout, de décisions prises à d’autres niveaux de pouvoir.
Il est directement le résultat des choix politiques de votre majorité MR-Engagés aux niveaux wallon, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et fédéral.
La Ville de Namur doit aujourd’hui intégrer des choix qu’elle n’a ni décidés, ni portés, mais dont elle assume pleinement les conséquences.
1. Budget communal plombé par les décisions de vos propres partis au GW
Faut-il rappeler quelques chiffres concrets ? Voici quelques pertes pour la ville :
- 342 000 € perdus du complément régional lié aux compensations du Plan Marshall ;
- 653 000 € cumulés en matière d’APE perdus (gel de l’indexation et réduction de 4% du montant de la subvention régionale), soit l’équivalent de 20 emplois menacés « à charge des opérateurs de compenser, si ils le souhaitent » comme disait le Ministre libéral de l’emploi à la Région;
- 125 000 € en moins avec la suppression de la subvention régionale Air Climat Énergie ;
- 30 000 € en moins en raison de la suppression de la subvention régionale « Coup de pouce » octroyée au CPAS dans le cadre d’un « Green deal cantines durables », opération largement vantée « du local dans l´assiette »;
- Et toujours cette suppression du 1% complémentaire à l’indexation du fonds des communes et son impact cumulé de plus d’1 million € (?) pour les années 2025 et 2026.
Oui, la Province reprend les zones de secours, mais cela ne compense en rien l’ampleur des pertes.
Ce qui frappe, c’est la nature des politiques publiques touchées en priorité. Une fois encore, ce sont l’emploi, l’action sociale, l’accompagnement des publics fragilisés et la transition écologique qui subissent les réductions les plus significatives. Derrière ces décisions, il n’y a pas que des montants budgétaires : il y a des travailleuses et des travailleurs de terrain, des services rendus à la population, et des besoins sociaux bien réels.
2. Une austérité créée par vos partis, imposée aux communes
La première mesure de votre gouvernement wallon ? Raboter de 270 millions € par an les recettes régionales via la réforme des droits d’enregistrement.
Et aujourd’hui, vous venez dire qu’il n’y a « plus de marges » ?
Vous avez vous-mêmes supprimé ces marges.
Vous créez la pénurie, puis vous la faites payer aux communes.
3. Taxer les Namurois et les Namuroises pour compenser vos choix
Les choix de vos partis imposent à la Ville de lever de nouvelles taxes :
- +240 000 € : sur les surfaces commerciales ;
- +175 000 € : sur les surfaces de bureaux ;
- +185 000 € : de taxes d’urbanisme ;
- +660 000 € : de hausses du coût de stationnement.
Et pourtant, on entend toujours le même refrain, on allait voir ce qu’on allait voir :
« La Belgique est le pays le plus taxé au monde. Avec le MR, aucune nouvelle taxe ».
En effet, comme le GW n’a pas le courage d’assumer ses décisions, il force les communes et les villes à faire le sale boulot à leur place. Ils les obligent à augmenter le coût des garderies, des parkings, des poubelles, des piscines, … et à reporter la facture sur toutes et tous, les travailleuses et travailleurs, les chercheuses et chercheurs d’emploi, les familles !
Tout ça pourquoi ? Pas pour faire des économies dans les finances publiques, non, mais pour payer le prix de leur mauvaise gestion budgétaire et les cadeaux fiscaux.
Ce n’est pas évidemment pas une banalité : c’est un transfert de charges vers le pouvoir local.
4. Moins de services, mais un téléphérique
On coupe : toutes les navettes vers les P+R de la Plaine St-Nicolas sont annulées, le parking expo à Salzinnes est fermé, le P+R de Bouge abandonné (jusque mai, fin du contrat prévue le 31 mai).
Mais on garde : la petite navette électrique du centre mais surtout, surtout, un téléphérique dont le fonctionnement est budgétisé à 799.411,85 € en 2026. Et la projection le fait encore augmenter ensuite (815.400,09 € en 2027, puis 831.708,09 € en 2028, etc.).
En 1958, le téléphérique a été financé par l’opérateur. À Huy, aujourd’hui encore, c’est le privé.
Pourquoi les Namurois doivent-ils payer ce choix ?
Un choix qui a aussi été posé en termes de plages d’ouverture. Où se trouve dans le budget le coût de l’élargissement des plages horaires ? A combine s’élève le prix total annuel de ce téléphérique à supporter par les Namuroises et Namurois ?
Le débat n’est pas de savoir si certains projets sont attractifs ou symboliques. Le débat porte sur les priorités budgétaires, dans un contexte où des arbitrages difficiles sont imposés sur les services de proximité, la mobilité du quotidien et le soutien au tissu associatif. Il est légitime de s’interroger sur la cohérence globale des choix opérés lorsque des dépenses lourdes sont maintenues tandis que des politiques essentielles sont fragilisées.
C’est un choix politique, de privilégier cette option attractive pour les touristes mais coûteuse pour les Namuroises et Namurois et dans le même temps, sacrifier 20% des petits moyens nécessaires aux organisations et associations locales qui fonctionnent, dans la plupart des cas, grâce des bénévoles investis dans la cohésion sociale, le sport ou la culture.
1400€ supprimés pour ces associations. C’est dérisoire au regard du prix du téléphérique. Mais c’est beaucoup pour les maisons de jeunes qui subissent une nouvelle réduction de leur maigre subside communal.
40.000€ en moins pour le Festival International du Film Francophone, alors que le festival renommé dans la francophonie se bat aujourd’hui pour sa survie.
38.000€ en moins pour Bouké, notre télévision locale, qui n’est pas épargnée par la réforme brutale imposée par le Gouvernement MR-Engagés de la FWB, en particulier sa ministre des médias.
11.000€ de moins pour la maison de la poésie : la culture ne serait pas épargnée ?
5.500€ d’économies sur le dos d’Infor Jeunes alors que jamais le mal-être des jeunes n’a été aussi profond, le besoin de soutien et d’accompagnement aussi prégnant !
56.000€ d’économie liée à la fermeture du centre d’accueil des Sauverdias à Jambes.
80.000€ de réduction de subsides pour le développement économique : de quoi s’agit-il ? Nous n’en savons rien.
On peut lire encore dans ce budget la suppression des primes environnementales et pour la transition écologique pour plus de 55.000€.
Les associations locales ne constituent pas une dépense accessoire. Elles jouent un rôle essentiel en matière de cohésion sociale, d’accompagnement, de culture, de sport et de jeunesse. La réduction de leurs moyens affaiblit directement le maillage social et accroît, à terme, la pression sur les services publics et le CPAS.
5. Un plan Oxygène horrifique
Le recours au plan Oxygène s’accompagne d’obligations de gestion lourdes, qui s’inscrivent dans une logique d’austérité structurelle. Ces contraintes affectent l’emploi public, l’organisation des services et, en particulier, la capacité du CPAS à répondre à des besoins sociaux en constante augmentation. Or, les moyens alloués n’évoluent pas au même rythme que les réalités sociales auxquelles la Ville est confrontée.
Dans la convention Oxygène entre la ville de Namur et la RW, les obligations à rencontrer dans le cadre du plan de gestion imposent une série d’horreurs : fin de la statutarisation, norme de remplacement du personnel de 5/10, recours privilégié à l’externalisation des services, et bien d’autres mesures impactantes mais aussi :
« Sans préjudice de la législation applicable, la Ville évaluera l’opportunité de diminuer ses dépenses de dotations aux CPAS. »
Ce qui fait dire au DGF dans son analyse : « Disposition moins étoffée que par le passé » car elle ne concerne plus que le CPAS, antérieurement elle concernait aussi la zone police et la zone de secours !
En 2020, la dotation au CPAS s’établissait au même niveau que la dotation de la zone de police, avec quelque 300 000 € de moins seulement sur 18 millions €.
Dans votre budget 2026, la dotation pour le CPAS s’élève à + de 25 millions d’euros, et celle de la zone de police à + de 27 millions.
En l’espace de 6 ans, l’équivalent d’une législature, l’écart entre les deux dotations s’est creusé de 300.000 € à près de 2,43 millions €, soit 8x moins au détriment du CPAS.
Ceci n’est pas une fake news, ce sont les chiffres, analysés et vérifiés.
6. La réforme du chômage : les CPAS en première ligne
La vérité à propos de la réforme du chômage de l’Arizona : elle ne combat pas la misère, elle la déplace.
Elle transfère du fédéral vers les pouvoirs locaux la charge financière des exclus du chômage, dès le 1er janvier, sans moyens, sans compensation, sans égard pour les conséquences humaines et institutionnelles. Soulignons dans cette histoire que 85%des communes belges touchées sont francophones et seront financièrement étranglées. Certes la fraude sociale existe et c’est une plaie, mais faire payer aux pouvoirs locaux le prix de décisions fédérales, c’est une arnaque et une réforme de l’état qui ne dit pas son nom au profit de la Flandre.
La question que chacun se pose à Namur, c’est de savoir comment notre CPAS va pouvoir gérer l’afflux d’exclus du chômage demain. On en a parlé, largement, lors des précédentes séances, mais entretemps nous avons appris que les moyens promis par le fédéral seront moindres que prévus.
La perte des allocations d’insertion ne seront pas du tout compensées par le Fédéral pour les jeunes qui s’adressent au CPAS de Namur. Or, les jeunes de 18 à 24 ans sont particulièrement nombreux à bénéficier de l’aide sociale : près de 1500 jeunes namurois ne sont ni aux études, ni en formation, ni en stage, ni à l’emploi. Nous faisons face à des difficultés structurelles profondes en matière de compétences, d’accès à l’emploi, de transition entre école ou formation et marché du travail.
Le CPAS va devoir compter sur des partenaires. Le Forem, bien entendu. La Cité des métiers, pour garantir à chaque citoyenne et citoyen une offre d’orientation tout au long du parcours, dont on n’a vu aucun moyen supplémentaire octroyé par la ville…
Mais surtout les coupes dans les subventions toucheront de plein fouet des associations actives dans d’insertion socioprofessionnelle comme :
- Alpha5000 Asbl, qui perd 2677€ (10.707€), qui vise le projet d’insertion socioprofessionnelle via l’apprentissage de compétences de base
- Asbl Forma (sans T) perd 2.000€ (8.000€), qui propose des formations en situation réelle de travail pour DE de +18 ans qui ont obtenu au maximum le CESI (CISP)
- Explore Job perd 400€ (1.600€)
- NB : le Perron de l’Ilon voit sa subvention maintenue (5.000€)
Et demain, on attend que le CPAS absorbe les exclus du chômage… avec moins de moyens et moins de soutien aux partenaires.
Conclusion
Ce budget n’est pas une fatalité. C’est le fruit de votre ligne politique :
- Moins de moyens pour les acteurs de terrain ;
- Moins de services publics ;
- Moins de solidarité
- Plus de taxes locales ;
Et en l’absence de solidarité, on ouvre les portes du désespoir.
En conclusion, ce budget n’est pas une fatalité technique.
Il est le résultat d’arbitrages : accepter une dette structurelle élevée, augmenter certaines taxes et en créer de nouvelles, réduire le soutien au tissu associatif et subir le définancement des communes décidés par vos partis à d’autres niveaux de pouvoir.
D’autres choix étaient possibles. Ce sont ces choix que nous contestons.
Nous ne pouvons dès lors pas soutenir votre vision.
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